Carte blanche du 31 mars 2025: Le rapport sur l’éducation et le paysage scolaire_ Théorie et pratique

Le paysage éducatif au Luxembourg a connu des changements significatifs ces dernières années. Avec l’introduction des centres de compétences, des écoles publiques européennes et de l’alphabétisation en français, le système éducatif répond à une diversité sociétale de plus en plus marquée. Dans cette carte blanche, Gaston Ternes partage son analyse personnelle des conclusions du récent rapport sur l’éducation.

Deux priorités majeures du rapport 2024 sont le renforcement de l’éducation précoce et la généralisation de l’alphabétisation en français.

Que signifie cela concrètement ? Il est avéré que le vocabulaire des enfants de six ans varie fortement, allant de 500 à 13 000 mots. Les enfants ayant un vocabulaire restreint ont ensuite peu de chances de réussir leur parcours scolaire, à moins qu’une intervention ciblée ne soit mise en place. Renforcer l’éducation précoce signifie donner une nouvelle mission aux crèches et aux maisons relais : amener progressivement les enfants à un bon niveau linguistique. Ne serait-il pas pertinent d’impliquer du personnel spécialisé pour accompagner ce processus dès le départ ? L’objectif est de les préparer de manière optimale à l’alphabétisation, qu’elle soit en allemand ou en français.

Une autre priorité du rapport est le développement des écoles publiques européennes. Celles-ci permettent aux élèves de choisir leur langue maternelle comme langue principale et d’apprendre une deuxième langue aux niveaux 2, 3 ou 4. Il est important de noter que, pour utiliser activement une langue dans un processus d’apprentissage, le niveau 2 est le minimum requis.

Les écoles européennes sont attractives car elles proposent un parcours scolaire complet – primaire et secondaire – en seulement 5 + 7 ans, soit une année de moins que le système national. Elles acceptent également les élèves du sixième cycle scolaire (Cycle 4.2) qui n’ont pas été admis dans le parcours classique, mais ne les préparent ensuite qu’au Baccalauréat européen. Ce système ne devrait-il pas également proposer des voies d’apprentissage pratiques, étant donné que le profil des élèves devient de plus en plus hétérogène ? Sinon, ne risque-t-on pas de voir les élèves qui ne répondent pas aux exigences du secondaire classique chercher des opportunités à l’étranger ?

Cela met en lumière un problème central des deux systèmes, tant national qu’européen. Les compétences manuelles devraient être intégrées dès l’âge de six ans au même titre que les langues et les mathématiques dans les programmes scolaires, afin d’identifier les talents et de développer les compétences. L’erreur du système actuel est de considérer l’artisanat uniquement comme un plan de secours en cas d’échec du parcours classique ! Pourtant, il devrait être valorisé comme une orientation moderne, innovante et précieuse pour tous.

De nombreuses études montrent que la combinaison de la manipulation pratique et de l’apprentissage théorique ne renforce pas seulement la capacité de concentration des élèves, mais rend également l’enseignement plus efficace.

Une révision des programmes dans ce sens est plus que jamais nécessaire ! Combien de temps allons-nous encore attendre ?

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Carte blanche du 17 janvier 2025 – La place du bénévolat au Luxembourg

Le thème du bénévolat est bien documenté depuis des années, tant au niveau national qu’international. Partout dans le monde, on observe cependant une diminution de la volonté de faire du bénévolat. Quelle est la situation du bénévolat au Luxembourg ? C’est ce thème que Gaston Ternes aborde avec cette « carte blanche ».

L’accord de gouvernement actuel contient deux pages sur un plan d’action pour le bénévolat. C’est bien ! Le fait est que le bénévolat est en baisse dans tous les pays. Aux Etats-Unis, par exemple, le Bureau of Labor Statistics rapporte que le taux est passé de 29% en 2005 à 23% après COVID. Pour le Luxembourg, le Statec a confirmé en septembre dernier que 35% des résidents font du bénévolat.

Le bénévolat a une composante plus importante que le maintien des services essentiels à la communauté et l’organisation d’activités. Il existe une corrélation positive statistiquement significative entre la cohésion sociale et la volonté de faire du bénévolat. En d’autres termes, plus de bénévolat équivaut à plus de démocratie.

Il convient de noter ces résultats dans le contexte de la récente étude POLINDEX 2024. Elle montre un changement évident dans notre société. Depuis 2018, elle est devenue de plus en plus matérialiste. « Même un régime technocratique et autoritaire serait acceptable, tant que la politique me profite personnellement », résume le professeur Poirier de l’Université du Luxembourg. Le bénévolat peut être un moteur pour un meilleur fonctionnement de la démocratie. Il enseigne les bonnes attitudes et les bons comportements : le respect des autres, l’égalité des droits, la prise de responsabilité.

Comment rendre le volontariat plus visible ? Le modèle rwandais « Umuganda » ne pourrait pas être appliqué tel quel chez nous,. L’ « Umuganda » est organisé par l’État et n’est pas volontaire. Mais nous pouvons nous inspirer de cette idée. « Umuganda », traduit du kinyarwanda en français, signifie “se réunir pour atteindre un objectif commun”. Une fois par mois, les habitants du Rwanda s’engagent à réaliser des travaux communautaires dans leur district.

Pourquoi ne pas introduire cette idée au Luxembourg le 5 décembre, à l’occasion de la Journée internationale du bénévolat? Ne serait-ce pas une excellente journée pour des activités communes, pour l’implication des écoles et des associations ? Nous pourrions ainsi ancrer le volontariat dans notre société. Gabriela Civico, directrice du Centre pour le volontariat européen, met l’accent sur la priorité actuelle: « Le volontariat n’est pas un sujet nouveau, mais nous voulons qu’il occupe une meilleure place dans l’ordre des priorités ». Espérons que ces 2 minutes 30 auront mis en lumière le fait qu’elle a raison.

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Carte blanche RTL _ 25 novembre 2024_ Noir ou Blanc!

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Noir ou blanc !

La pétition 3176, déposée le 4 novembre au Parlement, a recueilli 4775 signatures : elle vise à interdire les smartphones de manière générale dans l’enceinte des écoles. Les pétitions sont à la mode. A ce sujet, une carte blanche de Gaston Ternes.

 

Les pétitions sont positives en soi : elles donnent au citoyen engagé la possibilité d’exprimer publiquement son opinion, et ceci au Parlement, l’institution des représentants élus qui décident pour nous dans notre démocratie parlementaire.

 

Une question me taraude l’esprit: est-ce que tout est toujours noir ou blanc, sans nuances ? Le débat actuel sur l’interdiction générale des téléphones portables dans les écoles me fait réfléchir : suffit-il de répondre par « bon » ou « mauvais » à des questions complexes ayant trait à l’éducation? Cela n’a aucun sens d’interdire totalement les téléphones portables. De même, cela n’a pas de sens d’autoriser le téléphone portable en permanence et partout ! Le sujet ne s’inscrit tout simplement pas dans une optique binaire, soit 0 ou 1. « Les médias doivent être enseignés et non diabolisés », résumait récemment le psychiatre Serge Tisseron. Les médias ont besoin de règles, qui doivent être enseignées aussi bien en famille qu’à l’école.

 

Ces derniers temps, les questions relatives à l’école, sont pratiquement toujours abordées sous un simple angle de « bon ou mauvais » : les écoles internationales ou les écoles luxembourgeoises, par exemple, sans saisir l’occasion d’échanger systématiquement sur les « meilleures pratiques » des deux systèmes!

 

De nos jours, tout le monde peut communiquer instantanément. Cela se résume souvent à un simple « pouce vers le haut » ou un « pouce vers le bas », voire un emoji pour exprimer rapidement un sentiment. Les nuances passent à la trappe. La complexité de la question est négligée. Aucune recherche de compromis. Pourquoi cette tendance à notre époque… ?

 

L’une des raisons est certainement l’omniprésence des bulles de filtrage, aussi bien dans les moteurs de recherche que dans les médias sociaux. Nos messages sont filtrés. Ils sont adaptés à notre profil. Nous ne voyons que des commentaires unilatéraux et des informations qui correspondent exactement à nos intérêts ; l’algorithme ne nous informe pas sur la position adverse.

 

Si vous n’êtes confronté(e) qu’à votre propre opinion, si vous êtes toujours confirmé(e), alors vous vivez dans une confortable bulle d’opinion. L’activiste américain Eli Pariser nous avait déjà mis en garde en 2011 dans son livre « The Filter Bubble : What the Internet is hiding from you ».

 

Ma première question en soulève des nouvelles : Tolérons-nous simplement que des acteurs majeurs peu scrupuleux d’Internet et des médias sociaux sacrifient toute diversité d’opinion sur l’autel de leur profit ? Ne serait-il pas temps de prendre le contre-pied, à la fois par une explication cohérente du fonctionnement des bulles de filtrage et par un entraînement actif au « débat », de préférence dans le même espace réel ?

 

Carte blanche du 31 mai 2024 – Notre société s’effondre, … et personne ne s’en rend compte ?

Notre société s’effondre, … et personne ne s’en rend compte ?

Notre quotidien est de plus en plus marqué par l’intolérance, les jugements prématurés, les fausses nouvelles et les agressions verbales. Les réseaux sociaux en sont un exemple quotidien. Aucune tranche d’âge n’est épargnée. Ajoutez à cela l’agitation, le stress et les soucis financiers. Notre société toute entière est-elle en train de déraper, … et personne ne le remarque ? Quel est le rôle de la politique ? Gaston Ternes répond à cette question dans sa Carte Blanche.

 

Le sujet d’aujourd’hui n’est pas spécifiquement luxembourgeois, il concerne notre société dite « occidentale », la manière dont nous vivons ensemble, la manière dont la politique l’accompagne. Je vais choisir, parmi une panoplie, 2 exemples très extrêmes, de la manière dont la politique régule dans le premier cas, capitule dans le second !

 

La Grande-Bretagne vient d’adopter une loi visant à expulser les demandeurs d’asile vers le Rwanda. Il y a deux ans, Charles III, alors encore prince de Galles, avait qualifié ce projet de loi de « terrible idée ». Il a signé la loi en tant que roi fin avril de cette année.

 

On est irrité qu’il y ait aussi des voix au sein de la communauté européenne qui acceptent cette solution inhumaine. Il y a une semaine, le chancelier autrichien Karl Nehammer vantait ce « modèle rwandais » britannique ! Comment des personnes censées représenter les valeurs démocratiques peuvent-elles prendre des décisions aussi inhumaines ? Aucun partisan de cette idée ne s’intéresse à la situation au Rwanda lui-même, car ce pays est confronté à son propre problème de réfugiés. Des centaines de milliers de réfugiés rwandais souhaitent depuis des années retourner dans leur pays d’origine. Personne ne parle du taux de chômage dramatique au Rwanda.

 

Citons un autre exemple très différent du premier: la santé mentale de nombreux enfants et jeunes en Europe occidentale n’est pas bonne. L’agitation des enfants se répercute sur la salle de classe. A l’école, de plus en plus de «mesures spécifiques» sont nécessaires pour accompagner les enfants aux comportements inadéquats. Je ressens ces mesures comme des pansements, sans entrer dans les vraies causes.

 

L’âge moyen auquel les enfants sont exposés pour la première fois à des images pornographiques est désormais de 10 ans ! L’accès aux clips vidéo et aux films d’une extrême violence est illimité. Bien trop rapidement, les enfants sont confrontés aux  réseaux sociaux, qui les exposent à la dictature du regard de l’autre et aux critiques destructrices. La politique ici est « aux abonnements absents ». Elle ne réglemente pas.

Au fil des décennies, les gouvernements ont systématiquement placé les valeurs humaines derrière les intérêts économiques. Ils ont fermé les yeux sur les dégâts collatéraux. « La croissance économique se fait au prix d’un effondrement intellectuel, culturel, psychologique et spirituel », écrit très justement l’auteur français Laurent Gounelle dans son récent ouvrage « Le réveil ». Quand allons-nous nous réveiller, quand les politiques se réveilleront-ils et retourneront-ils à leur cœur de métier ?

«Polis», du grec ancien, au sens de façonner et réguler la coexistence harmonieuse, la conscience collective !

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