Carte blanche du 31 mars 2025: Le rapport sur l’éducation et le paysage scolaire_ Théorie et pratique

Le paysage éducatif au Luxembourg a connu des changements significatifs ces dernières années. Avec l’introduction des centres de compétences, des écoles publiques européennes et de l’alphabétisation en français, le système éducatif répond à une diversité sociétale de plus en plus marquée. Dans cette carte blanche, Gaston Ternes partage son analyse personnelle des conclusions du récent rapport sur l’éducation.

Deux priorités majeures du rapport 2024 sont le renforcement de l’éducation précoce et la généralisation de l’alphabétisation en français.

Que signifie cela concrètement ? Il est avéré que le vocabulaire des enfants de six ans varie fortement, allant de 500 à 13 000 mots. Les enfants ayant un vocabulaire restreint ont ensuite peu de chances de réussir leur parcours scolaire, à moins qu’une intervention ciblée ne soit mise en place. Renforcer l’éducation précoce signifie donner une nouvelle mission aux crèches et aux maisons relais : amener progressivement les enfants à un bon niveau linguistique. Ne serait-il pas pertinent d’impliquer du personnel spécialisé pour accompagner ce processus dès le départ ? L’objectif est de les préparer de manière optimale à l’alphabétisation, qu’elle soit en allemand ou en français.

Une autre priorité du rapport est le développement des écoles publiques européennes. Celles-ci permettent aux élèves de choisir leur langue maternelle comme langue principale et d’apprendre une deuxième langue aux niveaux 2, 3 ou 4. Il est important de noter que, pour utiliser activement une langue dans un processus d’apprentissage, le niveau 2 est le minimum requis.

Les écoles européennes sont attractives car elles proposent un parcours scolaire complet – primaire et secondaire – en seulement 5 + 7 ans, soit une année de moins que le système national. Elles acceptent également les élèves du sixième cycle scolaire (Cycle 4.2) qui n’ont pas été admis dans le parcours classique, mais ne les préparent ensuite qu’au Baccalauréat européen. Ce système ne devrait-il pas également proposer des voies d’apprentissage pratiques, étant donné que le profil des élèves devient de plus en plus hétérogène ? Sinon, ne risque-t-on pas de voir les élèves qui ne répondent pas aux exigences du secondaire classique chercher des opportunités à l’étranger ?

Cela met en lumière un problème central des deux systèmes, tant national qu’européen. Les compétences manuelles devraient être intégrées dès l’âge de six ans au même titre que les langues et les mathématiques dans les programmes scolaires, afin d’identifier les talents et de développer les compétences. L’erreur du système actuel est de considérer l’artisanat uniquement comme un plan de secours en cas d’échec du parcours classique ! Pourtant, il devrait être valorisé comme une orientation moderne, innovante et précieuse pour tous.

De nombreuses études montrent que la combinaison de la manipulation pratique et de l’apprentissage théorique ne renforce pas seulement la capacité de concentration des élèves, mais rend également l’enseignement plus efficace.

Une révision des programmes dans ce sens est plus que jamais nécessaire ! Combien de temps allons-nous encore attendre ?

Carte blanche du 17 janvier 2025 – La place du bénévolat au Luxembourg

Le thème du bénévolat est bien documenté depuis des années, tant au niveau national qu’international. Partout dans le monde, on observe cependant une diminution de la volonté de faire du bénévolat. Quelle est la situation du bénévolat au Luxembourg ? C’est ce thème que Gaston Ternes aborde avec cette « carte blanche ».

L’accord de gouvernement actuel contient deux pages sur un plan d’action pour le bénévolat. C’est bien ! Le fait est que le bénévolat est en baisse dans tous les pays. Aux Etats-Unis, par exemple, le Bureau of Labor Statistics rapporte que le taux est passé de 29% en 2005 à 23% après COVID. Pour le Luxembourg, le Statec a confirmé en septembre dernier que 35% des résidents font du bénévolat.

Le bénévolat a une composante plus importante que le maintien des services essentiels à la communauté et l’organisation d’activités. Il existe une corrélation positive statistiquement significative entre la cohésion sociale et la volonté de faire du bénévolat. En d’autres termes, plus de bénévolat équivaut à plus de démocratie.

Il convient de noter ces résultats dans le contexte de la récente étude POLINDEX 2024. Elle montre un changement évident dans notre société. Depuis 2018, elle est devenue de plus en plus matérialiste. « Même un régime technocratique et autoritaire serait acceptable, tant que la politique me profite personnellement », résume le professeur Poirier de l’Université du Luxembourg. Le bénévolat peut être un moteur pour un meilleur fonctionnement de la démocratie. Il enseigne les bonnes attitudes et les bons comportements : le respect des autres, l’égalité des droits, la prise de responsabilité.

Comment rendre le volontariat plus visible ? Le modèle rwandais « Umuganda » ne pourrait pas être appliqué tel quel chez nous,. L’ « Umuganda » est organisé par l’État et n’est pas volontaire. Mais nous pouvons nous inspirer de cette idée. « Umuganda », traduit du kinyarwanda en français, signifie “se réunir pour atteindre un objectif commun”. Une fois par mois, les habitants du Rwanda s’engagent à réaliser des travaux communautaires dans leur district.

Pourquoi ne pas introduire cette idée au Luxembourg le 5 décembre, à l’occasion de la Journée internationale du bénévolat? Ne serait-ce pas une excellente journée pour des activités communes, pour l’implication des écoles et des associations ? Nous pourrions ainsi ancrer le volontariat dans notre société. Gabriela Civico, directrice du Centre pour le volontariat européen, met l’accent sur la priorité actuelle: « Le volontariat n’est pas un sujet nouveau, mais nous voulons qu’il occupe une meilleure place dans l’ordre des priorités ». Espérons que ces 2 minutes 30 auront mis en lumière le fait qu’elle a raison.

Carte blanche RTL _ 25 novembre 2024_ Noir ou Blanc!

Noir ou blanc !

La pétition 3176, déposée le 4 novembre au Parlement, a recueilli 4775 signatures : elle vise à interdire les smartphones de manière générale dans l’enceinte des écoles. Les pétitions sont à la mode. A ce sujet, une carte blanche de Gaston Ternes.

 

Les pétitions sont positives en soi : elles donnent au citoyen engagé la possibilité d’exprimer publiquement son opinion, et ceci au Parlement, l’institution des représentants élus qui décident pour nous dans notre démocratie parlementaire.

 

Une question me taraude l’esprit: est-ce que tout est toujours noir ou blanc, sans nuances ? Le débat actuel sur l’interdiction générale des téléphones portables dans les écoles me fait réfléchir : suffit-il de répondre par « bon » ou « mauvais » à des questions complexes ayant trait à l’éducation? Cela n’a aucun sens d’interdire totalement les téléphones portables. De même, cela n’a pas de sens d’autoriser le téléphone portable en permanence et partout ! Le sujet ne s’inscrit tout simplement pas dans une optique binaire, soit 0 ou 1. « Les médias doivent être enseignés et non diabolisés », résumait récemment le psychiatre Serge Tisseron. Les médias ont besoin de règles, qui doivent être enseignées aussi bien en famille qu’à l’école.

 

Ces derniers temps, les questions relatives à l’école, sont pratiquement toujours abordées sous un simple angle de « bon ou mauvais » : les écoles internationales ou les écoles luxembourgeoises, par exemple, sans saisir l’occasion d’échanger systématiquement sur les « meilleures pratiques » des deux systèmes!

 

De nos jours, tout le monde peut communiquer instantanément. Cela se résume souvent à un simple « pouce vers le haut » ou un « pouce vers le bas », voire un emoji pour exprimer rapidement un sentiment. Les nuances passent à la trappe. La complexité de la question est négligée. Aucune recherche de compromis. Pourquoi cette tendance à notre époque… ?

 

L’une des raisons est certainement l’omniprésence des bulles de filtrage, aussi bien dans les moteurs de recherche que dans les médias sociaux. Nos messages sont filtrés. Ils sont adaptés à notre profil. Nous ne voyons que des commentaires unilatéraux et des informations qui correspondent exactement à nos intérêts ; l’algorithme ne nous informe pas sur la position adverse.

 

Si vous n’êtes confronté(e) qu’à votre propre opinion, si vous êtes toujours confirmé(e), alors vous vivez dans une confortable bulle d’opinion. L’activiste américain Eli Pariser nous avait déjà mis en garde en 2011 dans son livre « The Filter Bubble : What the Internet is hiding from you ».

 

Ma première question en soulève des nouvelles : Tolérons-nous simplement que des acteurs majeurs peu scrupuleux d’Internet et des médias sociaux sacrifient toute diversité d’opinion sur l’autel de leur profit ? Ne serait-il pas temps de prendre le contre-pied, à la fois par une explication cohérente du fonctionnement des bulles de filtrage et par un entraînement actif au « débat », de préférence dans le même espace réel ?

 

De combien d’argent un jeune a-t-il besoin au Luxembourg pour vivre de façon autonome – Lettre à un jeune indépendant (Carte blanche du 8 juillet 2022 sur RTL)

De combien d’argent un jeune a-t-il besoin pour vivre de façon autonome au Luxembourg? Lettre à un jeune indépendant.

Cela fait 30 ans que l’on écrit et que l’on parle de la “bosse de la classe moyenne”.  Mais, il ne s’est rien passé, sauf peut-être dans le mauvais sens : le taux de cotisation pour la caisse de maladie a augmenté et le barème d’imposition n’a plus été adapté à l’inflation. Ce sont les jeunes avec le statut d’indépendant qui sont le plus concernés. Gaston Ternes fait dans cette carte blanche un calcul qui devrait motiver tout homme politique à l’action.

 

Tu es jeune et tu as choisi après des études de master à l’étranger -selon la volonté clairement affichée du monde politique- le statut d’indépendant. Après trois ans, tu peux maintenant prétendre à un salaire annuel brut de 45.000 euros ou 3.750 euros par mois. Tu fais donc partie de la classe moyenne au Luxembourg !

Tu dois payer des cotisations sociales obligatoires sur ton salaire, pour la pension, l’assurance maladie, la dépendance de l’assurance et l’accident, le tout à hauteur de 24,63% ou 924 euros par mois.

Il te reste donc 2.826 euros par mois, ou pas…

Tu dois payer des impôts. Dans ton cas, 5.226 euros par an et 2,5 % ou 365 euros de contribution au Fonds de l’emploi. Donc, au total, 5.591 euros par an ou 466 euros par mois. Sais-tu que le barème de l’impôt est échelonné de telle façon que le taux marginal pour 45.000 euros est déjà pratiquement au maximum ?

Il te reste donc 2.360 euros par mois, ou pas…

Tes études universitaires t’amènent à devoir rembourser, au cours des dix premières années, 640 euros par mois à ta banque pour un prêt que l’État a mis à ta disposition.

Il te reste donc 1.720 euros par mois, ou pas…

Pour ton logement, tu paies un loyer de 1.250 euros et 250 euros de charges, ce qui est plutôt modéré pour le Luxembourg.

Il te reste donc 220 euros par mois pour vivre.

L’idée de recourir à une voiture pour tes déplacements professionnels est hors de question pour des raisons évidentes. Tu dois refuser des contrats, car il ne t’est pas possible de passer d’un point A à un point B en un temps raisonnable.

Pour manger et boire, il te reste 18 euros par jour! Il n’est pas possible de penser à une assurance complémentaire auprès de la Mutualité des Employeurs – avec une cotisation minimale de 1,13% sur ton salaire brut – pour que tu ne sois pas seulement indemnisé à partir du 77e jour en cas de maladie ou d’accident!

Cher jeune indépendant! Je rêve que nous ayons des députés qui deviennent rapidement sensibles et actifs pour ta situation. Voici une solution possible: les cotisations sociales et les impôts payés pendant les dix premières années ne seraient calculés que sur 50% de tes revenus bruts. Cette fois la raison ne serait pas la même que pour les députés, mais une compensation afin que tu puisses vivre décemment dans notre pays.

Education et Metaverse: Où allons-nous? (carte blanche du 18 février 2022)

Éducation et metaverse, où allons-nous ?

« Metaverse » se développe à un rythme effréné dans le monde entier, y compris au Luxembourg. Vivons-nous aujourd’hui à une époque semblable à celle où Internet a très vite conquis le terrain ? Et que cela signifie-t-il pour l’éducation ? C’est la question que Gaston Ternes aborde dans sa carte blanche.

 

Le préfixe « meta » signifie « au-delà » et « verse » fait référence à « univers ». Les experts décrivent le metaverse comme le prochain saut quantique vers l’Internet 4.0, des espaces virtuels en 3D reliés entre eux, nous offrant ainsi un univers personnel. Les technologies telles que les crypto-monnaies, la blockchain en tant que registre, les réseaux 5G et la croissance exponentielle des logiciels de simulation sont déjà des espaces virtuels qui façonnent notre quotidien.

Notre smartphone serait remplacé d’ici 5 à 10 ans par des hologrammes, des casques et des lunettes qui nous donneraient accès à notre univers personnel, « tout, tout le temps, partout ». De nouveaux contenus convaincants sont à notre disposition, interactifs, collaboratifs, immersifs dans un monde où le numérique et le physique se confondent.

Comme souvent, la technologie est à la fois une chance et un piège. Les médias sociaux ont déjà bouleversé notre monde. L’impact du Metaverse sera incomparablement plus important. La question est de savoir si, cette fois-ci, nous ne voulons pas mieux nous préparer à la nouvelle réalité qu’à l’époque de l’invasion par les médias sociaux. Qui va par ailleurs gouverner cet univers ? Est-ce que ce seront toujours de grandes entreprises qui veulent avant tout gagner de l’argent ? Nous ferions bien de discuter en tant que société de ce à quoi le Metaverse du futur doit ressembler.

Pour l’éducation, Metaverse offre bien sûr une grande chance : actif et adapté à chacun, il est facile de se plonger dans les contenus que l’on souhaite acquérir, les répétitions sont possibles à tout moment, on peut apprendre par petites bouchées ; ce sont les composantes que la recherche en neurosciences qualifie d’efficaces dans le processus d’apprentissage.

La technique en soi n’est pas mauvaise, mais c’est l’utilisation que nous en faisons qui est décisive : avons-nous la maîtrise de notre vie ou sommes-nous seulement contrôlés et téléguidés ?

Une chose est sûre : personne ne sait à quoi ressemblera 2050 ! Comme le dit si bien Yuval Harari dans ses « 21 leçons pour le 21e siècle » : « La seule constante est le changement ». L’humanité est confrontée à des révolutions sans précédent. Comment pouvons-nous nous y préparer, nous et nos enfants ? Les 4 compétences « C » « penser critique, communiquer, coopérer et être créatif » ont certainement leur importance. Mais Harari en reconnaît une autre comme particulièrement importante : C’est « la capacité à résister au changement, à apprendre de nouvelles choses et à conserver son équilibre mental dans des situations inhabituelles ».

« Journée de la démocratie » – Carte blanche du 5 novembre 2021

À partir de 2022, une « Journée annuelle de la démocratie » sera célébrée au mois d’octobre dans toutes les écoles secondaires du Grand-Duché de Luxembourg. Depuis 2021 déjà, les écoles intéressées avaient la possibilité d’organiser une telle journée. Dans sa Carte Blanche, Gaston Ternes aborde la question de la démocratie à l’école.

Une enseignante de l’école fondamentale a demandé aux enfants de dessiner un souvenir de leurs vacances. Une enfant s’est appliquée à dessiner sur son bras. La maîtresse lui a demandé pourquoi elle ne voulait pas dessiner sur sa feuille et la réponse fut prompte: « Madame, je veux protéger les arbres ! ».
Pour moi, cette réaction n’est pas un cas isolé. Dans mon environnement professionnel, j’ai constaté à maintes reprises que la sensibilisation et l’intérêt des enfants et des adolescents pour la nature et l’environnement, ainsi que pour les questions politiques et sociales, ont évolué de manière positive. Nous avons la perspective d’une génération de citoyens critiques et engagés qui n’hésitent pas à défendre leurs points de vue.
L’initiative du Centre pour l’éducation citoyenne d’institutionnaliser une journée de la démocratie dans toutes les écoles secondaires me paraît donc louable. Trois grands axes sont envisagés : Discuter du fonctionnement de la démocratie et de la société, questionner et développer la culture scolaire démocratique, élire un conseil des élèves pour le lycée tous les deux ans.
Que signifie « éduquer à la démocratie » ? Dans son livre récent « Ce que l’école peut encore pour la démocratie », le professeur et pédagogue français Philippe Meirieu explique que l’objectif est de favoriser à la fois la capacité de penser de manière autonome et critique, et celle d’écouter et de rechercher un consensus ou des solutions.
Les deux voies ne s’excluent pas mutuellement : la « pensée autonome » consiste à abolir les idées préconçues, à analyser les points de vue pour en vérifier l’exactitude. Dans un deuxième temps, cela signifie qu’il faut être prêt à partager son propre point de vue avec les autres. Des initiatives européennes telles que le « Parlement européen modèle » ou l' »Ecole ambassadrice du Parlement européen » dans les lycées contribuent depuis de nombreuses années à ce développement de la pensée démocratique.
La Journée de la démocratie dans toutes les écoles devrait créer un nouvel élan pour la pratique quotidienne de la démocratie dans les écoles et pour un meilleur apprentissage en commun.
Un apprentissage basé sur l’entraide et la solidarité, dans lequel les jeunes, accompagnés des enseignants, ne rivalisent point mais découvrent les forces de la tolérance, me semble capital.
Etant donné que les jeunes d’aujourd’hui n’hésitent pas à exprimer leurs opinions sur tous les défis sociétaux, il est crucial que ces opinions soient consolidées, pondérées et fondées, sinon elles risquent de se noyer dans une mer de slogans, de fake news et de déclarations simplistes.

Carte blanche du 16 juin 2021: Un sujet qui n’est pas inconnu : les inégalités en matière d’éducation

Depuis les études Pisa, c’est-à-dire depuis 2000, nous savons quels types d’enfants sont des élèves à risque: Les enfants issus de l’immigration et/ou de familles socio-économiquement défavorisées. Avec la pandémie, ce problème est devenu encore plus aigu. Dans sa « Carte blanche », Gaston Ternes examine les possibilités d’action sur cette question.

Ce n’est pas une surprise si le « Luxembourg Center for Educational Testing » (LUCET) de l’Université du Luxembourg a attiré l’attention sur les inégalités du système scolaire luxembourgeois dans son récent rapport sur le monitoring de l’éducation. Cette déclaration est également soutenue par l’Observatoire national de la Qualité scolaire. En particulier, la compétence en matière de compréhension orale en langue allemande a diminué de manière significative, en raison du fait que pendant la pandémie, les jeunes issus de l’immigration n’ont eu que peu ou pas de contact avec la langue allemande. Et pour que l’éducation numérique à domicile réussisse, une forte implication des parents est nécessaire.

Les solutions actuellement mises en œuvre sont, dans l’ensemble, les suivantes : davantage de cours d’allemand au cours du troisième et du dernier trimestre scolaire dans les écoles fondamentales, ainsi que la proposition d’une « école d’été » de 14 jours avant la reprise des cours à la mi-septembre. Cela semble être une goutte dans l’océan.

Une approche efficace du problème de l’iniquité des chances doit reposer sur deux piliers: elle s’inscrit dans la continuité et l’efficacité de la mesure est régulièrement évalée.

L’équité dans l’éducation s’étend bien au-delà de l’école elle-même. Une première mesure serait une bien meilleure mise en réseau des structures d’enseignement et de soutien existantes. Il est important d’identifier les obstacles qui rendent actuellement l’accès difficile pour les familles.

Penser l’équité, c’est automatiquement offrir un maximum de possibilités dans l’école-même pour que ces possibilités soient accessibles à chaque apprenant. En guise d’exemple, il serait utile de disposer d’un comité dans l’école qui, en contact étroit avec la famille, puisse réagir rapidement et avec souplesse à toute situation. Pour lever ce défi, l’école a besoin de ressources humaines supplémentaires.

Le système scolaire lui-même devrait être restructuré de fond en comble ; il devrait sélectionner beaucoup plus tardivement, car une séparation précoce limite les capacités du jeune et rend difficile une bonne orientation.

Le soutien linguistique en allemand et en français est « l’alpha et l’oméga » de la réussite scolaire dans le système scolaire luxembourgeois. Les initiatives scolaires qui offrent, par exemple, un soutien linguistique personnalisé en adaptant l’emploi du temps de l’apprenant individuel, ceci dans le cadre des 30 heures par semaine, ne devraient pas seulement fonctionner dans certaines écoles, mais dans tout le pays.

Et que dire de l’introduction d’un programme obligatoire limité à 25 heures par semaine à tous les niveaux de l’enseignement primaire et secondaire, et de 5 heures pouvant être programmées de manière facultative pour répondre aux besoins et aux talents des élèves ? La pandémie nous a montré la voie en nous obligeant à nous concentrer sur l’essentiel du programme.

Ce ne sont là que quelques suggestions. Ne sont-elles pas une raison suffisante pour une véritable offensive éducative ?

Carte blanche du 8 mars 2021 Le défi du multilinguisme à l’école

Le défi du multilinguisme à l’école
Le Luxembourg se caractérise par un environnement multilingue et multiculturel, comme on en trouve rarement à l’étranger. En termes d’offre scolaire, il existe aujourd’hui une tendance claire à résoudre la difficulté de cette hétérogénéité par le biais de structures scolaires internationales, européennes ou privées, axées sur une langue spécifique. Ne sommes-nous pas en train de rater une belle opportunité pour une offre scolaire nationale inclusive ? Dans cette carte blanche, Gaston Ternes parle du sujet.

Notre avantage jusqu’à présent a été que dans notre petit pays, nous avons appris les langues allemande, française et anglaise à un niveau élevé. C’est une richesse pour nos écoles que l’on y trouve en moyenne une cinquantaine de langues maternelles différentes parlées à la maison. Les écoles du système scolaire national luxembourgeois sont donc, par nature même, toutes des « écoles internationales ». Cependant, cette richesse a aussi ses inconvénients : Les chercheurs soulignent régulièrement que trop d’élèves ne sont pas à la hauteur des exigences élevées de notre enseignement des langues et ne progressent donc pas suffisamment dans l’apprentissage d’autres matières.
Incapables de répondre à ces exigences ambitieuses, les jeunes subissent deux mécanismes de régulation : Répétition de la classe ou passage à une structure moins exigeante, l’enseignement général ou préparatoire. La première mesure du redoublement des classes a depuis longtemps été jugée totalement inefficace dans les études scientifiques sur le sujet. La deuxième mesure est également mauvaise : en raison d’un manque dans une langue, on est déclassé globalement et privé de performances possibles dans d’autres matières.
Un enfant qui redouble une année coûte à l’État environ 45 000 euros dans l’enseignement secondaire et 25.000 euros dans l’enseignement primaire. C’est beaucoup d’argent qui aurait été mieux investi dans une réflexion approfondie sur notre enseignement des langues.
Pourquoi ne nous attaquons-nous pas à ce problème? Après tout, nous pouvons compter sur de nombreuses initiatives scolaires. Nous avons suffisamment d’études qui indiquent des voies de solutions. Nous pouvons nous baser sur l’expérience des enseignants qui sont confrontés quotidiennement à des défis linguistiques. Toutefois, le cadre est malheureusement trop étroit pour permettre des solutions efficaces.
Les réponses se trouvent dans la didactique de l’enseignement des langues, dans l’importance de l’apprentissage de la langue dans son contexte, dans la motivation à apprendre une langue étrangère parce que l’on en a besoin dans son environnement. En ce sens, l’enseignement des langues doit être reconstruit à partir de la base, c’est-à-dire de l’école primaire au baccalauréat. En guise d’exemple, les langues pourraient être proposées avec des accentuations et des niveaux différents. Nous devons absolument donner à nos professeurs de langues une voix commune dans des groupes de travail nationaux et définir ainsi un nouveau cadre !
Les langues étrangères sont essentielles pour des citoyens qui veulent œuvrer ensemble au-delà des frontières. Les réponses à ce grand défi ne peuvent donc pas se limiter à offrir des programmes d’études linguistiques toujours plus spécifiques.

Le défi du multilinguisme -carte blanche RTL 8 mars 2021

Au cœur du multilinguisme à l’école.

Le Luxembourg se caractérise par un environnement multilingue et multiculturel, comme on en trouve rarement à l’étranger. En termes d’offre scolaire, il existe aujourd’hui une tendance claire à résoudre le défi de cette hétérogénéité par le biais de structures scolaires internationales, européennes ou privées, axées sur une langue spécifique. Ne sommes-nous pas en train de rater une grande opportunité pour une offre scolaire nationale inclusive ? Gaston Ternes parle de l’enseignement des langues dans cette carte blanche.

Notre avantage jusqu’à présent a été que dans notre petit pays, nous avons appris les langues allemande, française et anglaise à un niveau élevé. C’est une richesse pour nos écoles que l’on y trouve en moyenne une cinquantaine de langues maternelles différentes parlées à la maison. Les écoles du système scolaire national luxembourgeois sont donc, par nature même, toutes des « écoles internationales ». Cependant, cette richesse a aussi ses inconvénients : Les chercheurs soulignent régulièrement que trop d’élèves ne sont pas à la hauteur des exigences élevées de notre enseignement des langues et ne progressent donc pas suffisamment dans l’apprentissage d’autres matières.
Incapables de répondre à ces exigences ambitieuses, les jeunes subissent deux mécanismes de régulation : Répétition de la classe ou passage à une structure moins exigeante, l’enseignement général ou préparatoire. La première mesure du redoublement des classes a depuis longtemps été jugée totalement inefficace dans les études scientifiques sur le sujet. La deuxième mesure est également mauvaise : en raison d’un certain manque dans une langue, on est déclassé globalement et privé de performances possibles dans d’autres matières.
Un enfant qui redouble une année coûte à l’État environ 45 000 euros dans l’enseignement secondaire et 25.000 euros dans l’enseignement primaire. C’est beaucoup d’argent qui aurait été mieux dépensé pour une réflexion approfondie sur notre enseignement des langues.
Pourquoi ne nous attaquons-nous pas à ce problème? Après tout, nous pouvons compter sur de nombreuses initiatives scolaires. Nous avons suffisamment d’études qui indiquent des voies de solutions. Nous pouvons nous baser sur l’expérience des enseignants qui sont confrontés quotidiennement à des défis linguistiques. Toutefois, le cadre est malheureusement trop étroit pour permettre des solutions efficaces.
Les réponses se trouvent dans la didactique de l’enseignement des langues, dans l’importance de l’apprentissage de la langue dans son contexte, dans la motivation à apprendre une langue étrangère parce que l’on en a besoin dans son environnement. En ce sens, l’enseignement des langues doit être reconstruit à partir de la base, c’est-à-dire de l’école primaire au baccalauréat. En guise d’exemple, les langues pourraient être proposées avec des accentuations et des niveaux différents. Nous devons absolument donner à nos professeurs de langues une voix commune dans des groupes de travail nationaux et définir ainsi un nouveau cadre !
Les langues étrangères sont essentielles pour des citoyens qui veulent travailler ensemble au-delà des frontières. Les réponses à ce grand défi ne peuvent donc pas se limiter à offrir des programmes d’études linguistiques toujours plus spécifiques.

Carte blanche du 16 décembre 2020 (RTL radio)

Sur la protection des données : qui dit A doit dire B
Par loi du 28 mai 2019, une directive européenne de 2016 a été traduite en droit luxembourgeois, afin de garantir une grande sécurité pour les réseaux et systèmes d’information dans l’ Union européenne. Qu’en est – il alors de la protection des données individuelles? Le maximum a -t-il été fait pour protéger le citoyen? Gaston TERNES étudie la question.
En temps de COVID, nous recourons plus que d’habitude à Internet .

Force est de constater qu’un fléau a considérablement augmenté depuis le début de la pandémie: le « phishing » de l’ anglais « Fishing». Il s’agit d’une méthode malhonnête pour identifier nos données sensibles.

Les statistiques sont choquantes : seuls 3% d’entre nous ouvrent des courriels du type « SPAM » , c’est-à-dire des courriers publicitaires, mais les courriels de phishing sont consultés par environ 30%. Le montant annuel des dommages ainsi crées au Benelux est actuellement estimé à 1 milliard d’euros . Au cours du premier mois de la pandémie Corona , il y a eu 16.000 attaques de phishing aux Pays-Bas, contre seulement 6.000 les mois précédents.
La pandémie Corona est l’ occasion idéale pour les personnes malhonnêtes . La stratégie est toujours plus professionnelle et s’appuie sur le support visuel original de services que nous consultons régulièrement, la Poste, les grands réseaux de distribution et les banques. On nous invite à actualiser nos données sensibles en argumentant qu’il y a une faille de sécurité , ou qu’une livraison est en suspens car il manque des données. Voilà seulement quelques-unes des nombreuses raisons pour nous retirer des données sensibles. Récemment, ces criminels ont profité de la crise sanitaire en nous invitant à virer 50 euros pour un test COVID, alors que ces tests sont gratuits.
D’accord! Les banques et autres institutions prennent bon soin de nous informer régulièrement sur des attaques de phishing en cours. Nous avons également une initiative très louable gérée par le Gouvernement, le CIRCL le « Computer Incident Response Center Luxembourg », qui collecte ces tentatives malhonnêtes et nous soutient si nous avons été victime d’une attaque frauduleuse.
Il est également vrai qu’il est difficile de retracer ces infractions, parce que les initiateurs cachent leur identité derrière des méthodes très sophistiquées et parce qu’ils opèrent à partir d’une multitude de pays, souvent loin de nous , et avec des législations très différentes .
Mais faisons-nous assez pour rendre la vie difficile à ces fraudeurs? Mon plaidoyer est le suivant : il faudrait lancer une vaste campagne d’information qui indique une procédure facile et rapide de signalement immédiat d’une attaque de phishing, afin qu’après quelques secondes, une enquête soit lancée. Ainsi ces filous se sentiraient un peu moins sûrs dans leur action.
Par la loi du 28 mai 2019 , nous avons dit « A ». Il est grand temps de dire « B »!