Livre Maths : Plaisir & Réussite, écrit par Christophe et Gaston Ternes.
Fruit de deux années de travail, cet ouvrage a pour objectif non seulement de faire comprendre les mathématiques, mais surtout de les faire découvrir avec plaisir.
Trop d’élèves perçoivent les maths comme une barrière. Ce nouveau manuel souhaite être à la fois une aide, une source d’inspiration et un outil ludique pour les élèves, les parents et le personnel enseignant.
Il s’adresse aux élèves de septième du système scolaire luxembourgeois ainsi qu’aux élèves des sections francophones des Écoles européennes (niveau S1), mais aussi aux élèves de Belgique et de France (1ʳᵉ année du secondaire).
Par ailleurs, il constitue également une ressource utile pour les classes supérieures, afin de rafraîchir les connaissances de base.
Ce qui rend Maths : Plaisir & Réussite unique :
Plus de 500 exercices résolus en théorie des ensembles, arithmétique, algèbre et géométrie
Résumés en ligne pour un apprentissage autonome
Phénomènes issus du quotidien et de la nature
Sources d’inspiration pour les enseignants
Aide concrète pour les parents dans l’accompagnement à domicile
Tous les trois ans, l’OCDE publie l’étude PISA, qui compare les performances des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences, et établit des classements internationaux. Le Luxembourg participera de nouveau après six ans d’absence, et les résultats de cette session sont attendus pour fin 2026. C’est le moment idéal, selon Gaston Ternes, pour s’interroger sur la pertinence et la fiabilité de ces comparaisons.
PISA se veut scientifique, neutre et comparable à l’échelle mondiale. Pour garantir cette objectivité, des critères stricts sont appliqués : chaque élève doit passer le test dans la langue officielle de son enseignement. Au Luxembourg, cela signifie l’allemand ou le français dans les écoles nationales, et l’anglais dans les écoles internationales.
Mais les participants doivent choisir une seule langue pour l’ensemble du test. Les deux tiers des élèves luxembourgeois optent pour l’allemand, et doivent résoudre les exercices de mathématiques dans cette langue, alors que cette matière est enseignée en français depuis trois ans. Cette situation révèle combien les critères de l’OCDE sont éloignés de la réalité du système éducatif luxembourgeois, où la relation entre langue et compétence est bien plus complexe.
Des ajustements statistiques ne suffisent pas à compenser ce décalage. Dans la plupart des pays, la langue d’enseignement coïncide avec la langue maternelle ; au Luxembourg, ce n’est pas le cas. Nos élèves ne sont pas moins compétents, mais ils rencontrent davantage de difficultés à comprendre les textes dans la langue du test. PISA mesure donc surtout la compétence linguistique, et non la performance disciplinaire.
Soyons clairs : pour PISA, le multilinguisme est perçu comme un handicap, alors qu’il constitue l’une de nos plus grandes forces. Les élèves capables de passer spontanément d’une langue à l’autre développent flexibilité cognitive, pensée en réseau et aptitude à comparer – autant de compétences essentielles dans une éducation moderne et tournée vers le monde.
Le Luxembourg ne devrait pas se contenter d’être évalué par l’OCDE, mais participer activement à l’évolution de ces études. Les tests PISA devraient permettre de choisir librement la langue selon la matière ou la section. L’évaluation de l’utilisation compétente de plusieurs langues devrait devenir obligatoire, et non limitée à des modules facultatifs qui n’influencent pas le classement. Mieux encore : la capacité à utiliser plusieurs langues de manière flexible devrait devenir un indicateur central.
PISA pourrait ainsi devenir pour le Luxembourg un véritable laboratoire pour l’avenir de l’apprentissage. Une méthodologie adaptée montrerait que penser en plusieurs langues n’est pas un désavantage, mais un atout. Utiliser plusieurs langues dans une matière, en plus de la langue d’enseignement, pourrait transformer la langue en outil plutôt qu’en barrière.
C’est une piste essentielle pour le Luxembourg : montrer que compétence ne signifie pas penser dans une seule langue, mais naviguer avec aisance entre plusieurs.
Le paysage éducatif au Luxembourg a connu des changements significatifs ces dernières années. Avec l’introduction des centres de compétences, des écoles publiques européennes et de l’alphabétisation en français, le système éducatif répond à une diversité sociétale de plus en plus marquée. Dans cette carte blanche, Gaston Ternes partage son analyse personnelle des conclusions du récent rapport sur l’éducation.
Deux priorités majeures du rapport 2024 sont le renforcement de l’éducation précoce et la généralisation de l’alphabétisation en français.
Que signifie cela concrètement ? Il est avéré que le vocabulaire des enfants de six ans varie fortement, allant de 500 à 13 000 mots. Les enfants ayant un vocabulaire restreint ont ensuite peu de chances de réussir leur parcours scolaire, à moins qu’une intervention ciblée ne soit mise en place. Renforcer l’éducation précoce signifie donner une nouvelle mission aux crèches et aux maisons relais : amener progressivement les enfants à un bon niveau linguistique. Ne serait-il pas pertinent d’impliquer du personnel spécialisé pour accompagner ce processus dès le départ ? L’objectif est de les préparer de manière optimale à l’alphabétisation, qu’elle soit en allemand ou en français.
Une autre priorité du rapport est le développement des écoles publiques européennes. Celles-ci permettent aux élèves de choisir leur langue maternelle comme langue principale et d’apprendre une deuxième langue aux niveaux 2, 3 ou 4. Il est important de noter que, pour utiliser activement une langue dans un processus d’apprentissage, le niveau 2 est le minimum requis.
Les écoles européennes sont attractives car elles proposent un parcours scolaire complet – primaire et secondaire – en seulement 5 + 7 ans, soit une année de moins que le système national. Elles acceptent également les élèves du sixième cycle scolaire (Cycle 4.2) qui n’ont pas été admis dans le parcours classique, mais ne les préparent ensuite qu’au Baccalauréat européen. Ce système ne devrait-il pas également proposer des voies d’apprentissage pratiques, étant donné que le profil des élèves devient de plus en plus hétérogène ? Sinon, ne risque-t-on pas de voir les élèves qui ne répondent pas aux exigences du secondaire classique chercher des opportunités à l’étranger ?
Cela met en lumière un problème central des deux systèmes, tant national qu’européen. Les compétences manuelles devraient être intégrées dès l’âge de six ans au même titre que les langues et les mathématiques dans les programmes scolaires, afin d’identifier les talents et de développer les compétences. L’erreur du système actuel est de considérer l’artisanat uniquement comme un plan de secours en cas d’échec du parcours classique ! Pourtant, il devrait être valorisé comme une orientation moderne, innovante et précieuse pour tous.
De nombreuses études montrent que la combinaison de la manipulation pratique et de l’apprentissage théorique ne renforce pas seulement la capacité de concentration des élèves, mais rend également l’enseignement plus efficace.
Une révision des programmes dans ce sens est plus que jamais nécessaire ! Combien de temps allons-nous encore attendre ?
On parle beaucoup de qualité dans l’éducation. Mais quel type de contenu l’école doit-elle transmettre aujourd’hui ? Le programme scolaire ne devrait-il pas être davantage au premier plan des délibérations ? Gaston Ternes répond à cette question dans sa Carte Blanche.
L’information est disponible partout et immédiatement, la vraie comme la fausse. C’est pourquoi de nombreuses compétences telles que penser de manière critique, travailler en collaboration, être capable de communiquer et être créatif sont jugées particulièrement importantes dans les processus d’apprentissage.
Mais qu’en est-il du contenu, des programmes d’études dans nos écoles ? Sont-ils, dans leurs objectifs et leurs contenus, suffisamment nourris et régulièrement contrôlés quant à leur sens et leur cohérence ?
La qualité de l’éducation est favorisée par un contexte qui fait sens pour les jeunes. C’est ce que dit la recherche. Mais quelle est la réalité ?
J’ai consulté les cursus actuels et j’ai été assez surpris qu’une vision d’ensemble, au-delà des matières, fasse encore totalement défaut !
Je pourrais citer une panoplie d’exemples. Prenons-en un seul: A la même période, la classe de quatrième, une initiation à l’histoire de la littérature se fait en français en s’appuyant sur le Moyen Âge, en allemand elle va du Moyen Âge au Siècle des Lumières, en histoire c’est le Siècle des Lumières et la Révolution française, en anglais le monde actuel, en éducation artistique le baroque, le classicisme, le romantisme, le réalisme et l’impressionnisme sont étudiés.
Tout cela pour le même jeune de 16 ans !
En physique, des notions comme la vitesse et l’accélération sont utilisées en troisième, mais introduites en mathématiques seulement une année plus tard en seconde. Cett incohérence existe depuis maintenant plus de 40 ans !
Certes, les considérations didactiques d’une discipline ont du sens, mais elles ne suffisent pas : il manque une vue d’ensemble.
Ne serait-il pas opportun de se mettre d’accord sur une approche commune par année d’études, et d’éclairer une certaine époque du point de vue des événements historiques et sociaux, de la littérature, de l’art, de l’architecture, de la science ?
Cette question de l’apprentissage durable va bien au-delà des initiatives que les écoles peuvent développer. Il est essentiel de déterminer les contenus et les concepts qui permettent aux jeunes d’aujourd’hui d’acquérir une connaissance qui leur permettent de réussir leur vie d’adulte. Ce débat manque au niveau national, mais aussi européen. Aujourd’hui, au jour près 74 ans après le 5 mai 1949, date de la création du Conseil de l’Europe. Il regroupe 46 États et l’un de ses principaux objectifs est de rechercher, négocier et coordonner des réponses aux défis sociétaux. Ce conseil dispose d’un service éducatif et d’une division des politiques éducatives, mais son champ d’action ne s’étend pas au-delà des publications sur des sous-thèmes.
Pour plus d’équité des chances à l’école, revoir les critères de promotion !
Plusieurs études internationales montrent l’importance de l’influence du milieu socioprofessionnel d’un jeune sur sa réussite scolaire. Et quand on parle de réussite scolaire, les critères de promotion entrent automatiquement en jeu. Gaston Ternes, ancien directeur de lycée et aujourd’hui expert pour le réseau des écoles européennes, aborde ce sujet dans sa carte blanche.
Le retard pris dans un parcours scolaire qui se prolonge d’une année est non seulement catastrophique pour la confiance en soi du jeune, mais il a aussi des conséquences directes sur la performance de l’ensemble du système scolaire. Et pourtant, le redoublement est toujours une réalité, plus de deux fois plus élevé au Luxembourg que la moyenne des pays de l’OCDE.
En outre, les examens de rattrapage, dont l’enjeu est la promotion, sont organisés par ce que l’on appelle des « Travaux de vacances ». Il n’est pas rare que les dossiers impactant sur la note de l’examen final soient accompagnés par des personnes qualifiées. Les familles qui ne peuvent pas se le permettre sont désavantagées. Une question : les enfants qui ont raté l’année scolaire pour diverses raisons ne méritent-ils pas leurs vacances au même titre que ceux qui ont maîtrisé les exigences scolaires ?
Une majorité d’enseignants est contre le redoublement. Cependant, ils sont également contre la promotion automatique, comme le montre la discussion actuelle à ce sujet dans le premier cycle de l’enseignement général. Comment soutenir au mieux les élèves en difficulté scolaire ?
La solution peut être qualifiée d' »accompagnement pédagogique intégré ». Il convient de noter qu’il s’agit d’une aide ciblée, donc nécessairement différenciée, adaptée aux besoins individuels du jeune pendant le temps scolaire normal.
Une telle initiative nécessite plusieurs étapes : un diagnostic avec tous les acteurs concernés, l’élaboration d’un projet individuel et une évaluation régulière des travaux.
Cela ne peut pas être simplement transféré au personnel enseignant régulier, mais doit être élaboré par des pédagogues spécialisés et des experts en didactique des disciplines qui soutiennent l’enseignant. Il s’agit là d’un critère essentiel pour la réussite du processus. La différenciation dans l’enseignement se ferait sur la base des exercices d’application. Le co-enseignement, la différenciation successive ou simultanée, la répartition des groupes en fonction des besoins ou du niveau, sont , selon le spécialiste français des sciences de l’éducation Philippe Meirieu, des stratégies intéressantes à cet égard.
L’élève passe les mêmes tests que les autres élèves. Ce point est important, car les évaluations sommatives permettent de situer le niveau du jeune par rapport à la moyenne de la classe.
Ce n’est qu’en cas de grands écarts que l’école, les parents et le jeune devraient réfléchir à une réorientation mieux adaptée aux talents du jeune.
Le thème de la promotion est essentiel si nous voulons faire un pas de plus vers une école plus juste et plus efficace. Une mission à entamer directement après les élections, donc dès le 9 octobre !
« Metaverse » se développe à un rythme effréné dans le monde entier, y compris au Luxembourg. Vivons-nous aujourd’hui à une époque semblable à celle où Internet a très vite conquis le terrain ? Et que cela signifie-t-il pour l’éducation ? C’est la question que Gaston Ternes aborde dans sa carte blanche.
Le préfixe « meta » signifie « au-delà » et « verse » fait référence à « univers ». Les experts décrivent le metaverse comme le prochain saut quantique vers l’Internet 4.0, des espaces virtuels en 3D reliés entre eux, nous offrant ainsi un univers personnel. Les technologies telles que les crypto-monnaies, la blockchain en tant que registre, les réseaux 5G et la croissance exponentielle des logiciels de simulation sont déjà des espaces virtuels qui façonnent notre quotidien.
Notre smartphone serait remplacé d’ici 5 à 10 ans par des hologrammes, des casques et des lunettes qui nous donneraient accès à notre univers personnel, « tout, tout le temps, partout ». De nouveaux contenus convaincants sont à notre disposition, interactifs, collaboratifs, immersifs dans un monde où le numérique et le physique se confondent.
Comme souvent, la technologie est à la fois une chance et un piège. Les médias sociaux ont déjà bouleversé notre monde. L’impact du Metaverse sera incomparablement plus important. La question est de savoir si, cette fois-ci, nous ne voulons pas mieux nous préparer à la nouvelle réalité qu’à l’époque de l’invasion par les médias sociaux. Qui va par ailleurs gouverner cet univers ? Est-ce que ce seront toujours de grandes entreprises qui veulent avant tout gagner de l’argent ? Nous ferions bien de discuter en tant que société de ce à quoi le Metaverse du futur doit ressembler.
Pour l’éducation, Metaverse offre bien sûr une grande chance : actif et adapté à chacun, il est facile de se plonger dans les contenus que l’on souhaite acquérir, les répétitions sont possibles à tout moment, on peut apprendre par petites bouchées ; ce sont les composantes que la recherche en neurosciences qualifie d’efficaces dans le processus d’apprentissage.
La technique en soi n’est pas mauvaise, mais c’est l’utilisation que nous en faisons qui est décisive : avons-nous la maîtrise de notre vie ou sommes-nous seulement contrôlés et téléguidés ?
Une chose est sûre : personne ne sait à quoi ressemblera 2050 ! Comme le dit si bien Yuval Harari dans ses « 21 leçons pour le 21e siècle » : « La seule constante est le changement ». L’humanité est confrontée à des révolutions sans précédent. Comment pouvons-nous nous y préparer, nous et nos enfants ? Les 4 compétences « C » « penser critique, communiquer, coopérer et être créatif » ont certainement leur importance. Mais Harari en reconnaît une autre comme particulièrement importante : C’est « la capacité à résister au changement, à apprendre de nouvelles choses et à conserver son équilibre mental dans des situations inhabituelles ».
À partir de 2022, une « Journée annuelle de la démocratie » sera célébrée au mois d’octobre dans toutes les écoles secondaires du Grand-Duché de Luxembourg. Depuis 2021 déjà, les écoles intéressées avaient la possibilité d’organiser une telle journée. Dans sa Carte Blanche, Gaston Ternes aborde la question de la démocratie à l’école.
Une enseignante de l’école fondamentale a demandé aux enfants de dessiner un souvenir de leurs vacances. Une enfant s’est appliquée à dessiner sur son bras. La maîtresse lui a demandé pourquoi elle ne voulait pas dessiner sur sa feuille et la réponse fut prompte: « Madame, je veux protéger les arbres ! ».
Pour moi, cette réaction n’est pas un cas isolé. Dans mon environnement professionnel, j’ai constaté à maintes reprises que la sensibilisation et l’intérêt des enfants et des adolescents pour la nature et l’environnement, ainsi que pour les questions politiques et sociales, ont évolué de manière positive. Nous avons la perspective d’une génération de citoyens critiques et engagés qui n’hésitent pas à défendre leurs points de vue.
L’initiative du Centre pour l’éducation citoyenne d’institutionnaliser une journée de la démocratie dans toutes les écoles secondaires me paraît donc louable. Trois grands axes sont envisagés : Discuter du fonctionnement de la démocratie et de la société, questionner et développer la culture scolaire démocratique, élire un conseil des élèves pour le lycée tous les deux ans.
Que signifie « éduquer à la démocratie » ? Dans son livre récent « Ce que l’école peut encore pour la démocratie », le professeur et pédagogue français Philippe Meirieu explique que l’objectif est de favoriser à la fois la capacité de penser de manière autonome et critique, et celle d’écouter et de rechercher un consensus ou des solutions.
Les deux voies ne s’excluent pas mutuellement : la « pensée autonome » consiste à abolir les idées préconçues, à analyser les points de vue pour en vérifier l’exactitude. Dans un deuxième temps, cela signifie qu’il faut être prêt à partager son propre point de vue avec les autres. Des initiatives européennes telles que le « Parlement européen modèle » ou l' »Ecole ambassadrice du Parlement européen » dans les lycées contribuent depuis de nombreuses années à ce développement de la pensée démocratique.
La Journée de la démocratie dans toutes les écoles devrait créer un nouvel élan pour la pratique quotidienne de la démocratie dans les écoles et pour un meilleur apprentissage en commun.
Un apprentissage basé sur l’entraide et la solidarité, dans lequel les jeunes, accompagnés des enseignants, ne rivalisent point mais découvrent les forces de la tolérance, me semble capital.
Etant donné que les jeunes d’aujourd’hui n’hésitent pas à exprimer leurs opinions sur tous les défis sociétaux, il est crucial que ces opinions soient consolidées, pondérées et fondées, sinon elles risquent de se noyer dans une mer de slogans, de fake news et de déclarations simplistes.